Hélène Desjardins se décrit comme une « peintre intuitive ». Le terme, chez elle, renvoie à une manière de travailler qui ne part pas d’une image déjà arrêtée. La peinture se construit en travaillant, dans ce qui apparaît.
Le geste
Le pinceau l’intéresse peu. Elle travaille à la spatule, avec des outils qu’elle choisit selon le format ou la texture recherchée. « C’est de la sculpture. » La formule revient lorsqu’elle parle de sa pratique. La surface n’est pas un lieu où déposer une image; elle se construit par couches.
Le lieu
La musique fait partie de cet espace de création. « C’est de la musique qui m’inspire et que j’aime peindre dessus. » Elle installe un état de disponibilité.
Depuis son installation dans le Bas-Saint-Laurent, sa peinture a changé.
« C’est pas du tout la même chose que je peins ici. »
Le paysage n’apparaît pas seulement comme un motif, mais comme une présence qui transforme le regard. Le fleuve, la lumière, les étendues hivernales, les changements de saison nourrissent son travail. « C’est tellement beau. […] C’est ça qui nous appelle à peindre. »
Quitter Montréal a aussi changé sa manière de travailler. Elle évoque une pratique plus solitaire. Toutefois, les rencontres avec d’autres artistes du Bas-Saint-Laurent, les projets collectifs et les expositions ont créé un autre rapport au travail.
Le Regard
Hélène Desjardins ne cherche pas à imposer une lecture unique de ses œuvres. Elle parle des personnes qui découvrent dans ses toiles des formes ou des présences qu’elle n’avait pas elle-même nommées. « La personne, elle peut voir beaucoup d’autres choses. Fait que je lui laisse aussi sa liberté. »
Ce qu’elle souhaite, en retour, n’est pas nécessairement l’adhésion :
« J’aimerais qu’ils apprécient. […] Ils ne peuvent pas toujours aimer. Apprécier. »
La nuance importe. Voir et se laisser atteindre.
La couleur
La couleur occupe une place centrale dans ce processus. Elle relève d’une attention à ce qui se forme pendant le travail : « Les couleurs qui se sont mélangées entre elles me font un beau message. […] Elles me laissent un message. Fait que c’est comme ça que je peins. » Ce rapport à la peinture laisse place à ce qui se révèle. « Te faire envahir de la couleur. Parce que moi, je suis peintre de couleurs. »
C’est peut-être par-là que sa peinture se laisse le mieux approcher.

